Après un premier séjour entre mer et forêt, la suite de nos aventures doit nous conduire vers un territoire reculé où la forêt est sur la mer puisqu’il s’agit d’un village au cœur de la mangrove. Aucune route terrestre ne menant à Tortuguero, suivez-nous sur les canaux pour entrapercevoir quelques grains de la magie de ce paradis perdu de forêt vierge et sauvage.
Lundi 11 février : Tortuguero, la forêt de mangrove du bout du monde !
Levés aux aurores, nous profitons une nouvelle fois d’un délicieux petit déjeuner en compagnie de la patrouille des colibris toujours aussi virevoltante et donc peu à même de se laisser photographier. Avec un peu, beaucoup de patience, nous y parvenons en profitant de leur appétit insatiable pour les nectars !
Nous les imitons puis attrapons ensuite un bus qui nous amène en longeant la côte au grand port caribéen du pays : Puerton Limon afin de rejoindre notre prochaine étape : le paradis perdu de Tortuguero. Pour atteindre ce village égaré au milieu de la forêt de mangrove tout au nord de la côte est du Costa Rica, nous naviguons sur une étroite et longue pirogue. En effet, aucune route ne dessert cette destination pourtant prisée des touristes en quête de nature préservée.
Nous remontons donc le littoral à travers un canal qui longe la côte, à l’abri des vagues, protégée par un étroit bras de forêt. Plongeant ainsi dans l’atmosphère de la mangrove dès le premier méandre, nous quittons l’atmosphère portuaire et la civilisation bordées par des arbres dont les occupants nous scrutent au moins aussi attentivement que nous. Nous croisons ainsi pêle-mêle, un martin pêcheur, un boa, un iguane géant et un héron tigre.
Peu à peu le cours d’eau se rétrécit, envahi par les hautes herbes. Les dents de la rivière se jettent à l’eau, dès fois qu’une aigrette ou un touriste viendrait à tomber de son perchoir.
Les sauriens sont de plus en plus nombreux mais les arbres refont leur apparition et trahissent leurs écailles dans des eaux qui se colorent de turquoise.
Les palmiers colonisent les berges en formant un rideau derrière lequel se cachent des pâturages de bovins. Heureusement des colonies de singes viennent remettre une touche d’exotisme perchés sur des fleurs orangées.
Pour couper les 4 heures de navigation, nous posons pied à terre au milieu de nulle part où se trouve opportunément un bar coincé entre une basse cour et la jungle.
Quelques minutes pour explorer les environs et se requinquer et nous voilà repartis jusqu’au bout (du monde) puisque nous atteignons le village de Tortuguerro en plein cœur de l’après-midi. Après avoir déposés nos valises, nous partons déambuler dans les ruelles pour préparer notre excursion du lendemain et s’imprégner de cette atmosphère si particulière des lieux loin de tout (ce qui est superflu) mais plein de ce qui est essentiel (le temps, la collectivité, le contact avec le monde sauvage).
Ce n’est donc pas un hasard si nous trouvons perché en plein centre de la communauté un paresseux en maraude mais à son rythme puisqu’au début on a cru qu’il dormait.
A l’hôtel en revanche c’est un magnifique toucan qui nous attendait pour se faire admirer depuis notre piscine délicieusement rafraichissante sous la torpeur moite des environs.
Mardi 12 février : Un écrin du monde sauvage
Nous sautons du lit à 5h ce matin pour partir découvrir l’écrin de nature dans lequel nous sommes. Nous montons à bord d’un petit bateau à moteur en compagnie d’un guide volubile Andres qui nous fait glisser sur l’eau pour atteindre le parc naturel.
Nous sommes confrontés à un véritable mur végétal. La mangrove est là devant nous, impressionnante de densité, de verdure, d’exubérance. Elle semble dévorer tout les êtres vivants qui s’approcheraient de trop près.
Pourtant maintenant que nous sommes en son cœur à l’aide de l’œil expert de notre guide nous découvrons un puis deux, trois spécimens à écailles en équilibre sur des feuilles.
En s’enfonçant dans les multiples bras de ce labyrinthe aquatique, les échassiers nous encerclent en marchant sur l’eau tandis que les jacanas pêchent entre les nénuphars.
Le seul témoignage de la civilisation nous vient d’un bimoteur qui nous survol en nous plongeant davantage dans une atmosphère de temps perdu puisque ces appareils ont plus de cinquante ans.
Tandis que nous poursuivons notre croisière sauvage, les rideaux de feuilles laissent surgir des petites têtes de singe curieux ou plus agités des primates qui se balancent d’arbre en arbre pour nous escorter.
Plus loin et avec beaucoup d’attention, c’est un paresseux lové parmi les branches que nous découvrons en train de se reposer puisqu’il passe l’essentiel de ces journées à cela (plus de 20h par jour), les 4 heures restantes lui servant à se nourrir. Il nous fait d’ailleurs une petite démonstration de sa lenteur et de la puissance de ses griffes recourbées qui sectionnent facilement les feuilles appétissantes à sa portée.
Tandis que nous furetons le ciel à la recherche des petits toucans qui chantent, des yeux émergent de l’eau et s’approchent furtivement de nous créant la surprise sur le bateau. En effet, les caïmans se camouflent aisément au milieu des plantes de surface.
Fascinés par cette découverte nous décidons de revenir explorer les environs par nous même l’après-midi en louant un kayak. Pour patienter nous partons explorer la partie terrestre du parc aux heures les plus chaudes de la journée !!! On pensait les animaux dans leurs abris pour se reposer, nous en avons rencontré tout de même quelques uns parmi les plus originaux !
Ainsi lorsque nous relevons la tête attirés par des bruits au-dessus de nous, c’est une étrange peluche à la langue démesurée que nous surprenons. L’animal à l’allure gauche mais pourtant d’une agilité nonchalante est un fourmilier arboricole particulièrement affamé.
Après avoir capturés quelques uns des insectes les plus colorés que nous avons croisés, nous poursuivons notre chemin en compagnie d’une colonie de fourmi-feuille qui par millions forment un flot ininterrompus de débris végétaux qui se balladent dans la forêt. Impressionnante cette végétation en mouvement.
A quelques pas, nous sommes arrêtés par un serpent camouflé parmi les feuilles grâce à sa robe d’écailles verte fluo. Toutefois, l’attaque en un éclair sur un lézard qui passa imprudemment à quelques cm devant lui nous stupéfia sur place. Le plus fascinant s’ensuivit lorsque nous sommes restés scotchés devant le serpent tentant de s’enfiler un lézard trois fois plus large que lui. Après avoir attendu la mort du lézard bloqué entre ses crochets, il le tourna dans le sens de la longueur puis l’avala en se déboitant la mâchoire. Nous avons pu observer le passage du lézard tout au long de son corps avant de le regarder s’enfoncer dans les fourrés, médusés !
Nous avons croisé d’autres lézards plus chanceux dont un particulièrement étrange avec une queue démesurément longue et un masque de la fête des morts.
Finalement, nous rejoignons la plage de sable noir qui borde la côte caraïbe et donne une furieuse envie de se baigner s’il n’y avait ces vagues démontées en continue sans parler des requins. Nous retournons donc sagement au village pour repartir en expédition en kayak.
Nous retrouvons rapidement la forêt de mangrove du matin avec une ambiance encore plus irréelle du fait de notre seule présence au milieu des cascades de feuilles qui nous encadrent.
Cormoran, tortue, singe en tout genre et jacanas sont au rendez-vous et nous donnent envie de s’enfoncer toujours plus profondément dans cet univers de vert.
Avec la descente du soleil nous attaquons la route du retour en ayant la chance d’observer un couple de magnifiques grands aras verts.
Dur de quitter cet endroit féérique aux amoureux de la nature, illuminé par le soleil couchant.
Cependant, ce n’est pas une forêt primaire puisqu’au temps jadis, les Hommes avaient détruit la forêt pour en faire un site d’extraction, de plantation et de torréfaction du café. Ce n’est que dans les années 60 que le site fut rendu à la nature et les machines abandonnées. Elles trônent toujours aujourd’hui au milieu de Tortuguero ajoutant à l’ambiance surannée et de triomphe de la nature même si ce passé montre qu’il est fragile.
Mercredi 13 : Relaxation à Arenal !
Malheureusement il nous faut déjà quitter ce paradis perdu alors pour prolonger l’expérience nous nous promenons de très bonne heure dans les environs de Tortuguero avant le départ. Nous pouvons ainsi identifier pour la première fois les étranges nids qui sont suspendus aux arbres et leurs occupants. Nous dénichons également une étrange boule de poile pleine de piquants accrochée aux branche : porc épique arboricole !
Nous concluons ce séjour en disant au revoir à la mer des Caraïbes puisque notre prochaine étape doit nous conduire dans le cœur volcanique du Costa Rica.
Mais le plus épique sera bien le retour à la civilisation par un petit cours d’eau qui avec la sécheresse s’est transformé en odyssée boueuse. Sur l’étroite péniche, nous n’en finissons pas de ramer pour passer de méandre en méandre.
Nous empruntons ensuite un taxi pour rejoindre la région volcanique de l’Arenal où se concentre de nombreux pitons de feu. Ces géants qui mobilisent les forces telluriques ont donné naissance à de nombreux centres de thermalisme où nous avons l’intention de passer l’après-midi. Ainsi après avoir croisés un convoi de bananes, nous atteignons un complexe aquatique plus qu’attrayant.
Nous commençons par faire le tout du mini-parc animalier pour faire une transition en douceur avec Tortuguero entre le monde sauvage et la douceur des bassins. Mention spécial au très vieux crocodile qui semble avoir fondu au soleil et au lézard teigneux qui semble avoir prix le contrôle de son enclos : un vrai mini-dragon.
Nous poursuivons par la découverte d’un jardin horticole particulièrement odorant et coloré avant de nous égarer dans une volière à papillons aussi bleus que grands.
Çà y est nous y sommes au milieu des bassins qui chaud, froid, brûlant avec bar ou toboggan nous offre dans un décor de luxe un après-midi aussi rafraichissant que délassant.
On ne s’en lasse pas et après un tour de toboggan de plus nous rentrons à Arenal.
Une petite pizza pour conclure cette journée relaxante et nous nous endormons sous le chant des crapauds particulièrement en verve !